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L’appartement de Jan Martel 

Le petit appartement en duplex aux 2e et 3e étages de l’Hôtel Martel était destiné à Jan Martel et sa famille. Il s’articule autour de l’escalier central. L’entrée au deuxième étage donne directement accès au séjour-salle à manger, prolongé de plein pied par la terrasse exposée au sud. On accède à l’étage par un escalier intérieur débouchant sur un palier desservant les deux chambres et la salle de bain.

Cet appartement dans un état d’origine exceptionnel conserve de nombreux témoignages  du caractère expérimental des réalisations de Mallet-Stevens.

© E. Touchaleaume. Archives Galerie 54, Paris.

Jean Prouvé a effectué quelques réalisations pour l’Hôtel Martel, dont certaines toujours conservées dans l’appartement de Jan Martel :

- Les poignées en acier inoxydable poli des deux portes coulissantes d’accès à la terrasse, de  celle de l’office et de celle séparant les deux chambres à coucher.
- Une ingénieuse tringle à rideaux en acier inoxydable consistant en deux tubes parallèles sur lesquels glissent des boules munies de crochets de suspente du rideau. Cette tringle et son rideau d’Hélène Henry, malheureusement disparus, qui occultait l’entrée de l’atelier par le vestibule d’entrée de l’immeuble, a été refaite au modèle d’après les plans et photos existantes et a été installée devant la baie vitrée de la terrasse lors de la réfection de l’appartement de Jan Martel.
- Les boules en acier inoxydable à usage de poignées des fenêtres à guillotine équipant les trois appartements.
- La porte bombée et autres éléments métalliques du Studio-Bar de Charlotte Perriand, créé spécialement pour l’une des chambres de l’appartement, aujourd’hui dans les collections du Centre Georges Pompidou.

 

Jean Prouvé
Fauteuil Grand Repos, vers 1929

Page précédente. La spirale de la cage d’escalier.

© Pierre-Olivier Deschamps / agence Vu - Page précédente © Luciano ROMANO

Jean Prouvé a réalisé également différents ouvrages pour les autres hôtels particuliers de la rue Mallet-Stevens qui figurent dans le chapitre « La rue Mallet-Stevens un lieu historique ».

Nous ignorons qui est l’auteur de nombreux ouvrages de serrurerie métallique : fenêtres à guillotines à système de contrepoids, portes coulissantes métalliques, portes de garde-manger, portes du garage.
Certaines béquilles de portes en aluminium moulé sont de création Robert Mallet-Stevens et estampillées R M S, dont les poignées de porte d’entrée des trois duplex.

Chaque fenêtre à guillotine est équipée d’un store déroulable en lattes de bois peint en jaune vif à l’extérieur, actionné par une corde montée sur poulies évoquant une drisse de voilier. Les stores à la vénitienne, s’encastrent dans un châssis en métal permettant de les décaler à l’oblique des fenêtres et de remplir ainsi la fonction de pare-soleil.

Jean Prouvé
Fauteuil Grand Repos réglable, vers 1929

© Pierre-Olivier Deschamps / agence Vu

Mallet-Stevens est très attentif à la gamme chromatique de ses différentes réalisations.
Des sondages des différentes couches de peinture successives ont été effectués par une équipe de conservateurs du Centre Georges Pompidou avant l’exposition monographique Mallet-Stevens en 2005, afin de retrouver les teintes d’origine de l’appartement de Jan Martel, qui a été repeint fidèlement selon l’original.

Le choix des teintes est en rapport avec le métier de sculpteur des frères Martel et certainement décidé de concert avec eux : teintes minérales des sols et des murs déclinant les ocres rouge, les roses, les bruns, les gris, évoquant la terre glaise, et bien sûr le jaune, couleur fétiche de Mallet-Stevens. (le casino de St Jean de Luz était peint en jaune vif !)
La cuisine est traitée en deux teintes de bleu.

 

Le Corbusier et Pierre Jeanneret
Chauffeuses et banquette à pieds courts, 1955

Charlotte Perriand
Banquette Cansado, grand modèle, c. 1958

© C. Baraja – E. Touchaleaume. Archives Galerie 54, Paris.

Trois  types de revêtements sont utilisés pour les sols traduisant, comme dans tout le bâtiment, le soucis hygiéniste de l’époque :

- Du carrelage pour la cuisine, la salle de bain, l’escalier intérieur et la  terrasse dont les motifs géométriques et la teinte des carreaux sont dus aux frères Martel.
- Du terrazzo pour l’entrée et le séjour, aux inclusions plus fines que dans celui des parties communes. Des plinthes en ciment teinté brun prolongent le sol sur les murs permettant le lavage à grande eau.
- Au sol des deux chambres à coucher, signalons l’un des premiers essais d’isolation thermique et phonique de l’histoire de l’architecture, consistant en un mélange de ciment teinté brun et de poudre de liège. Des plinthes en ciment brun identiques à celles du séjour protègent le bas des murs.

 

 

 

Charlotte Perriand
Banquette Cansado, grand modèle, c. 1958

Eckart Muthesius
Fauteuils et guéridon pour le Palais du Manik Bagh, Indore, c.1930

 

© C. Baraja – E. Touchaleaume. Archives Galerie 54, Paris.

Le séjour très lumineux grâce à sa double baie vitrée, est prolongé par une terrasse accessible par une porte vitrée à quatre panneaux dont les deux centraux coulissent de part et d’autre, selon le même principe que la porte d’entrée dans l’immeuble.
À l’origine le séjour était équipée d’un ensemble de meubles de Francis Jourdain, réalisé sur commande, consistant pour l’essentiel en casiers de bois coulissants sur des rails en acier. Cet ensemble a été acquis par le Centre Georges Pompidou en 2006 auprès des héritiers Martel.
Sur les photos d’époque, du mobilier en tube édité par la firme Thonet, notamment des modèles de Marcel Breuer, équipait le séjour.
Le type de plafonnier est identique dans toutes les pièces : une plaque en verre dépoli diffuse la lumière de l’ampoule encastrée dans le plafond.
Un rideau d’Hélène Henry séparait l’entrée du séjour. Une ligne de mosaïque rouge terre cuite encastrée dans le sol en terrazzo établie une sorte de seuil virtuel entre les deux zones.

 

 

Le Corbusier et Pierre Jeanneret
Chauffeuses et banquette à pieds courts, 1955

Charlotte Perriand
Banquette Cansado, grand modèle,  c. 1958

© C. Baraja – E. Touchaleaume. Archives Galerie 54, Paris.

Sur la terrasse, une grande jardinière en béton brut lissé contraste avec le crépis blanc rugueux  du mur sur laquelle elle est suspendue.
Les gardes corps en tubes d’acier peints en noir, sont surmontés par des portants en tube permettant de tendre des bâches préservant l’intimité des regards.
Une porte aujourd’hui condamnée permettait l’accès direct avec l’appartement inférieur de Joël à la terrasse de son frère Jan.

Une porte montée sur rail ouvre sur le petit office précédant la cuisine, dessinée par Mallet-Stevens. Cet espace fonctionnel est équipé de nombreux rangements et d’un garde-manger encastré dans le mur extérieur.

L’escalier intérieur de l’appartement, s’enroulant autour du cylindre de l’escalier de l’immeuble accède au palier desservant les deux chambres et la salle de bain.

Sur le palier, un meuble de rangement encastré à trois tiroirs ouvrant en épis, attribué à Djo-Bourgeois, épouse la courbe du cylindre de la cage d’escalier, témoignant de la recherche poussée sur le gain d’espace.

 

Jean Prouvé
Table Flavigny ou Granito, 1945

Jean Prouvé
Chaises Tropique, c. 1950

© Photo Galerie 54, Paris.

La chambre sud avec vue sur la terrasse, possède encore son mobilier d’origine. Un lit, un cosy-corner et une penderie, ces deux derniers meubles suspendus, à l’instar du mobilier de Jourdain conçu pour le séjour, facilitant ainsi le nettoyage du sol.
Les rangements sont multiples et fonctionnels, équipés de porte miroir, portant amovible, tablettes repliables, volets coulissants, tiroirs à façade rabattable, tiroirs à ouverture en épis… Ce mobilier en placage de merisier, dessiné par Mallet-Stevens, en concertation avec ses commanditaires, a été réalisé par l’ébéniste Jean Bonino.

Dans la chambre contiguë, le Bar-Studio de Charlotte Perriand de fabrication Jean Prouvé, aujourd’hui dans les collections du Centre Pompidou, a été remplacé par deux placards type Brazza de Jean Prouvé et Charlotte Perriand provenant de l’Unité d’Habitation Air France de Brazzaville, 1951.

 

 

 

 

 

Pierre Jeanneret
Fauteuil dit Committee chair, c.1953-54

Le Corbusier et Pierre Jeanneret
Chauffeuse à pieds courts, 1955

Charlotte Perriand
Banquette Cansado, c. 1958

© C. Baraja – E. Touchaleaume. Archives Galerie 54, Paris.

Pierre Jeanneret
Table de lecture, c.1963-64

Jean Prouvé & Charlotte Perriand
Placards Brazza, 1952

© Photo Olivier Amsellem.

Jean Prouvé
Rayonnage mural, 1936

© Pierre-Olivier Deschamps / agence Vu

Pierre Dariel
Salon de jardin, c. 1926

© Pierre-Olivier Deschamps / agence Vu

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