Le Corbusier

La Cité Radieuse - Marseille

1946-1952

« Chaque unité est pure et nette, objet authentique, bel objet placé dans la nature. Le contact avec le sol plat ou accidenté est assuré par les pilotis. Tout est changé, tout est nouveau, tout est beau. (…) Les conditions idéales sont réunies. Surgies au dessus de l’espace vert continu, l’unité d’habitation de grandeur conforme crève le paysage et reste étrangère au site. Isolée elle est monument, additionnée elle serait obsession. Dans tous les cas elle s’intègre à la ville ».

Le Corbusier, Aujourd’hui, Art & Architecture, n° 51, 1965.

« L’architecture est le jeu, savant, correct et magnifique des volumes sous la lumière ».

Le Corbusier.

Jardin d’enfant sur le toit terrasse, circa 1955.

© Photos Lucien Hervé. Getty Fondation, Los Angeles.

Laszlo Elkan dit Lucien Hervé Hongrie 1910 – Paris 2007

Après des tranches de vies déjà bien remplies comme sportif de haut niveau (lutte gréco-romaine, équipe de France de volley ball en 1934) ; styliste de mode pour Patou, Chanel, Lanvin… ; peintre ; reporter photographe ; résistant sous le pseudonyme Lucien Hervé qu’il conservera ; il se consacre entièrement à la photographie vers 1947.

Résolument tournée vers la modernité, dès ses débuts son œuvre s’inscrit dans la lignée des avants garde de l’entre deux guerres : Germaine Krull, Moholy-Nagy et autres disciples du Bauhaus.

Son inspiration il l’a recherche dans la peinture expressionniste et constructiviste, les films russes d’avant- guerre, ceux d’Eisenstein en particulier, ainsi qu’au cinéma expressionniste allemand de Fritz Lang ou Georg Wilhelm Pabst.

En décembre 49, il se rend de sa propre initiative à Marseille pour photographier le chantier de l’Unité d’habitation de Le Corbusier.

« Monsieur, vous avez une âme d’architecte » lui dit Le Corbusier à la réception des 650 clichés du bâtiment. Commence alors une intense collaboration avec l’architecte qui lui commandera des reportages sur toutes ses réalisations.

Parallèlement il travaille pour les plus grands architectes internationaux et français : Alvar Aalto, Marcel Breuer, Georges Candilis, Michel Ecochard, Richard Neutra, Oscar Niemeyer, Henri Pingusson, Kenzo Tange, Bernard Zehrfuss …et pour ses amis Charlotte Perriand, Jean Prouvé et Pierre Jeanneret à Chandigarh.

Dans ces années difficiles de la reconstruction en Europe, ce globe trotter infatigable travaille avec les moyens du bord, armé de son seul Rolleiflex 6×6, sans cellule. Hervé précise «mon appareil m’a naturellement poussé à inventer une nouvelle façon de regarder l’architecture […] j’ai souvent utilisé le cadrage oblique, la plongée et la contre-plongée, pour éviter de me soumettre aux lois optiques. Pris frontalement, sans déformation, un bâtiment sera peut- être ressemblant, mais est-ce là le rôle de la photographie ? La vérité n’est pas dans l’exactitude. Il faut parfois utiliser des moyens détournés pour exprimer l’essentiel ».

En 1965 il est atteint des premiers symptômes de la sclérose en plaque. Limité de plus en plus dans ses déplacements, il poursuit avec une passion quasi-obsessionnelle le recadrage aux ciseaux de ses tirages papiers.

Hervé déclare « Je n’accepte pas la pellicule et la vision de l’appareil comme définitives. Je considère qu’une photo se construit autant qu’un bâtiment, comme toute œuvre d’art d’ailleurs… ».

A la question de Le Corbusier : « Comment avez-vous commencé dans la photographie ? » il répond : « avec des ciseaux ! ».

 

© Photos Lucien Hervé. Getty Fondation, Los Angeles.

« Mon appareil m’a naturellement poussé à inventer une nouvelle façon de regarder l’architecture (…) j’ai souvent utilisé le cadrage oblique, la plongée et la contre-plongée, pour éviter de me soumettre aux lois optiques. Pris frontalement, sans déformation, un bâtiment sera peut- être ressemblant, mais est-ce là le rôle de la photographie ? La vérité n’est pas dans l’exactitude. Il faut parfois utiliser des moyens détournés pour exprimer l’essentiel ».

Lucien Hervé, Amis inconnus, édition Filigranes, 2002, p. 4

© Photos Lucien Hervé. Getty Fondation, Los Angeles.

Hervé n’est pas très soucieux de la qualité technique de ses tirages photographiques, qu’il développera longtemps lui-même. Ce que lui reprochera parfois Le Corbusier. Pour lui l’essentiel est ailleurs. Il conserve tout. Il affectionne les contrastes, ces images étranges éblouissantes de lumière blanche ou ces ambiances nocturnes le fascinent. L’une de ces photos que nous exposons représente la terrasse de la Cité Radieuse de Marseille cernée par les montagnes à l’horizon, le tout baignant dans une pénombre irréelle, striée d’étoiles filantes, qui sont en réalité des rayures de poussières sur le film. Heureux hasard ou volonté de l’artiste ? Peu importe, Hervé a conservé soigneusement l’image, la signant et l’annotant au dos comme il a coutume de le faire. Ces images, Hervé ne les considère pas comme des bouts d’essais ratés. Ce sont au contraire de précieux témoins de ses recherches purement plasticiennes.

Dès ses débuts Hervé réalise des photos tendant vers l’abstraction et le minimalisme. Ces images sont montrées publiquement à l’occasion de sa première exposition Une ville, deux architectures, présentée par le magazine Domus en 1951 à Milan ; suivie en 1967 par « Le beau court la rue », exposition accompagnée d’un intéressant catalogue, aujourd’hui recherché par les collectionneurs, qui montre ses photos abstraites de murs lépreux, d’affiches déchirées, de tas de planches ou de chutes de métal… en établissant des relations esthétiques avec des œuvres de Mondrian, Dubuffet, Tal Coat, Kandinsky, Kupka, de Staël, Le Corbusier, Calder.

Des citations d’auteurs célèbres de l’Antiquité à notre époque (Hervé avait une passion pour les citations) préfacent le catalogue. Hervé conclut : « Le tissu de pensées qui précède, emprunté à des auteurs forts différents, exprime ma conception sur la beauté de l’insignifiant et ses rapports avec la naissance de l’art contemporain».

Lucien Hervé, 1910-2007
Cité radieuse de Marseille, c. 1950.

© Photos Lucien Hervé. Getty Fondation, Los Angeles.

© Photos Lucien Hervé. Getty Fondation, Los Angeles.

© Photos Lucien Hervé. Getty Fondation, Los Angeles.

LE CORBUSIER, 1887 – 1965
France

Grande armoire-cloison « Type Marseille », 1949.
Structure en bois blanc et contreplaqué laqué gris d’origine, s’ouvrant sur une face par deux portes en contreplaqué verni et présentant sur l’autre face une niche laquée brun/rouge, poignées de tirage fuselées en chêne massif.

Ce modèle d’armoire a été réalisé uniquement pour les cent quarante appartements en duplex dits « inférieurs », c’est à dire avec entrée à l’étage supérieur. La plupart ont été détruites.
200 × 42,50 × 155,50 cm. 

 

 

© Photo C. Baraja – E. Touchaleaume. Archives Galerie 54, Paris. © Photos Lucien Hervé. Getty Fondation, Los Angeles.

© Fondation Le Corbusier, Paris.

LE CORBUSIER, 1887 – 1965
France

Petite armoire-cloison pour chambre d’enfant, 1949.

Caisse en bois blanc et contreplaqué peint en gris pâle sur les côtés, le dessus et la face avant ; en orange sur la face cloison ; en gris foncé sur la plinthe.
Deux portes asymétriques montées sur gonds. Poignées « à prise » en chêne massif naturel, caractéristiques de Le Corbusier. Intérieur peint en blanc cassé, divisé en trois étagères modulables posées sur tasseaux du côté grande porte et en penderie du côté petite porte.

156 × 104 × 52 cm.

Lucien Hervé, 1910-2007
Cité radieuse de Marseille, c. 1950.

© Photos Lucien Hervé. Getty Fondation, Los Angeles. © Photo C. Baraja – E. Touchaleaume. Archives Galerie 54, Paris.

LE CORBUSIER, 1887 – 1965
France

Grande armoire-cloison « Type Marseille », 1949.
Structure en bois blanc et contreplaqué laqué gris d’origine, s’ouvrant sur une face par deux portes en contreplaqué verni et présentant sur l’autre face une niche laquée brun/rouge, poignées de tirage fuselées en chêne massif.

Ce modèle d’armoire a été réalisé uniquement pour les cent quarante appartements en duplex dits « inférieurs », c’est à dire avec entrée à l’étage supérieur. La plupart ont été détruites.
200 × 42,50 × 155,50 cm. 

- LE CORBUSIER, 1887 – 1965
Grande armoire-cloison « Type Marseille », 1949.

- Lucien HERVE, 1910-2007
Escalier extérieur de l’Unité d’habitation de Marseille, c. 1949.

© Photos Lucien Hervé. Getty Fondation, Los Angeles. © Photo C. Baraja – E. Touchaleaume. Archives Galerie 54, Paris.

- Lucien HERVE, 1910-2007
Unité d’habitation de Marseille, c. 1949.

© Photos Lucien Hervé. Getty Fondation, Los Angeles.

- Lucien HERVE, 1910-2007
Unité d’habitation de Marseille, c. 1949.

© Photos Lucien Hervé. Getty Fondation, Los Angeles.

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