Armand-Albert RATEAU (1882-1938)
Relief Jeanne Lanvin aux lévriers, 1921

Chêne massif sculpté en haut-relief.
Dimensions du relief original: hauteur 99 cm –  longueur  86 cm –  profondeur 30 cm.
Socle en chêne massif brossé refait aux proportions du socle original manquant, 97 x 86 x 31 cm.

Relief dessiné par Armand-Albert Rateau et sculpté par Paul Plumet, son proche collaborateur, représentant une femme costumée encadrée de deux lévriers dressés sur leurs pattes arrières.

La genèse et la continuité de l’utilisation de ce motif incarne la constance des goûts de Jeanne Lanvin, mélange de modernité et de classicisme.

En 1907, alors que Jeanne Lanvin et sa fille Marguerite se rendent à un bal costumé, vêtues de robes et de coiffes évoquant les costumes de fées ou de nobles dames du moyen-âge, la mère et la fille se tenant les mains face à face sont immortalisées par  un photographe inconnu, mais  à la mise en scène, comme les costumes, soigneusement préparés par  Jeanne Lanvin qui conservera précieusement le cliché. (cf. photo)

En 1920, à l’occasion d’un événement organisé par le couturier Paul Poiret, Jeanne Lanvin rencontre le déjà célèbre architecte-décorateur Armand-Albert Rateau, fraîchement diplômé de la prestigieuse École Boulle.
Ils décident de créer ensemble un vaste espace d’exposition dédié à l’art de vivre au 15 rue du Faubourg Saint-Honoré.
La boutique, inaugurée en 1921, propose meubles, tapis, rideaux, vitraux, papiers peints … dans le style Art déco naissant, mais surtout dans le style de Rateau très marqué d’historicisme.
Pour la décoration du hall d’entrée, Rateau, à l’écoute de Jeanne Lanvin,  interprète la photo de 1907 en conservant sa coiffe inspirée du hennin à double cornes de style médiéval, ainsi que la courte cape couvrant ses épaules, pour réaliser ce haut-relief ainsi que plusieurs bas-reliefs enchâssés dans les boiseries couvrant les murs. (cf. photos)
Ce thème de la femme moderne encadrée de deux lévriers sera repris par Rateau pour le Pavillon de l’Élégance, abritant les couturiers Lanvin, Worth, Jenny, Callot ainsi que le joaillier Cartier, à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de 1925, à la porte d’entrée encadrée par deux hauts-reliefs également sculptés par Paul Plumet. (cf. photos)

En 1923, la photo de 1907 seras utilisée, beaucoup plus fidèlement, par le génial illustrateur et créateur de meubles  uniques, Paul Iribe, pour créer  le logo de la marque Lanvin. (cf. photo),
En 1927, Rateau dessinera l’iconique flacon de parfum Arpège pour Jeanne Lanvin décoré de ce logo or sur fond noir. (cf. photo).

La modernité de l’attitude et de la tenue provocante de cette “Amazone” aux traits durs, image de la femme libre, indépendante, audacieuse, en rupture avec les conventions traditionnelles de la féminité ; chaussée de bottines aux talons démesurés, d’une robe moulante dégageant épaules et jambes au dessus du genoux (et bien au dessus pour les reliefs muraux), sur laquelle est enfilée à la taille une sorte de mini-jupe à plumes préfigurant la ceinture de bananes portée par Joséphine Baker pour la première fois aux Folies Bergère à Paris en 1926, le petit sac à main brandi en avant … tous ces éléments en font une oeuvre très originale témoignant de l’avant-gardisme des créations Lanvin dès le début des années 20, annonçant la mode de la Garçonne avant même la parution du roman  éponyme en 1922, mais déjà dans l’air du temps avec des personnalités comme Colette, Kiki de Montparnasse ou Joséphine Baker.

Bibliographie :
– La Renaissance de l’art français et des industries de luxe, juin 1924.
– « Décoration et haute couture » (Hélène Guéné. Les Arts Décoratifs, 2006) dans lequel cette oeuvre est reproduite in situ en pages 22 et 23.

 

 

 

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